À l’occasion de la Journée mondiale du patrimoine, des appels pour protéger le patrimoine en cas de conflits et de catastrophes
Doha, le 17 avril /QNA/ Le monde célèbre chaque année, le 18 avril, la Journée mondiale du patrimoine, une occasion dédiée à la mise en valeur du patrimoine culturel et historique commun et les cultures des peuples, à l’initiative du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) en 1982.
Le thème de cette année est "Réponse d’urgence pour le patrimoine vivant dans les contextes de conflits et de catastrophes", affirmant l’importance de protéger et de préserver le patrimoine en période de crises, de conflits et de catastrophes naturelles.
L’UNESCO définit le "patrimoine vivant" comme étant les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, les rituels et célébrations, ainsi que les Savoirs et pratiques liés à la nature et à l’univers, et les compétences associées à l’artisanat. De son côté, l’ICOMOS considère que le patrimoine vivant englobe toutes les dimensions du patrimoine culturel, matériel, immatériel et naturel.
Dans une déclaration à l’Agence de presse de Qatar (QNA), Dr Abdulhamid Salah Al Sharif, l’expert en gestion des crises et des catastrophes et en réponse d’urgence pour le patrimoine culturel, a insisté sur la nécessité de protéger le patrimoine en temps de conflits armés, le qualifiant de critère essentiel pour la préservation de l’identité. Il a souligné que cette protection constitue une véritable "course contre la montre", nécessitant une stratégie combinant mesures techniques et participation communautaire.
Il a expliqué que le rôle des spécialistes consiste à anticiper les risques selon une méthodologie scientifique, à élaborer des stratégies nationales liées aux systèmes d’alerte précoce et à préparer des plans de réponse basés sur des scénarios possibles. Parmi les mesures urgentes figurent la documentation préventive des sites et objets, des plans d’évacuation des biens mobiliers si nécessaire, ainsi que des programmes de "sauvetage rapide" incluant le renforcement structurel temporaire et la protection in situ avec des moyens disponibles tels que sacs de sable et barrières absorbant les chocs.
Au niveau communautaire, il a affirmé que la société locale représente "la première ligne de défense", en refusant la commercialisation des antiquités pillées, en signalant les violations et en formant des comités populaires pour protéger les sites voisins. Il a rappelé que le patrimoine n’est pas seulement constitué de pierres, mais qu’il incarne la dignité et l’identité que les conflits cherchent à effacer.
Concernant la responsabilité, il a explicité le principe de responsabilité partagée", expliquant alors que la protection du patrimoine est un contrat social global, et non une tâche exclusivement gouvernementale. L’État doit fournir le cadre législatif, appliquer la loi, allouer des budgets et respecter les conventions internationales, tandis que la société, véritable propriétaire du patrimoine, doit être entièrement consciente de son rôle.
Dr Al Sharif a également précisé l’importance des médias, officiels ou spécialisés, pour sensibiliser aux menaces pesant sur le patrimoine, notamment le changement climatique, le trafic international ou encore la nécessité de relier les citoyens à leur histoire et leurs traditions. Il a appelé à transformer le patrimoine d’une "matière historique figée" en un "élément vivant de développement", évoquant dans ce contexte les réussites des opérations de sauvetage.
S’agissant de l’ICOMOS, il a rappelé son rôle central dans l’élaboration de normes et chartes, comme la Charte de Venise ou celle de Washington (1987), tout en exprimant le souhait d’une intervention plus rapide et flexible, notamment dans les zones de conflit, et d’un soutien accru au renforcement des capacités des experts locaux.
Enfin, il a affirmé que le patrimoine vivant constitue "un lien vital entre le passé et l’avenir", et que sa protection dans les contextes de conflits et de catastrophes est une nécessité pour préserver la mémoire humaine et renforcer l’indépendance culturelle et intellectuelle des sociétés.
À noter que le plan scientifique triennal de l’ICOMOS pour la période 2024 2027 est axé sur le thème "Patrimoine résilient face aux catastrophes et aux conflits : préparation, réponse et relèvement”. L’année 2025 était consacrée à la préparation, tandis que 2026 mettra l’accent sur la réponse d’urgence pour la sauvegarde du patrimoine affecté.
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