La transition cognitive au Qatar: Vers un modèle économique diversifié et durable
Doha, le 28 mai /QNA/ L’État du Qatar avance résolument pour consolider sa position en tant que centre régional de premier plan dans le domaine de l’économie du savoir, en s’appuyant sur sa Vision nationale 2030, qui constitue le cadre global des transformations engagées par le pays dans divers domaines.
Cette transition repose sur un passage stratégique d’un modèle économique fondé sur les ressources naturelles vers un modèle axé sur le savoir, l’innovation et les technologies.
Elle s’articule autour de plusieurs piliers essentiels : l’investissement dans les infrastructures numériques, le développement des compétences nationales, l’attraction de technologies de pointe et le soutien aux start-up. Ces efforts trouvent un écho significatif dans de nombreux rapports et indicateurs internationaux, notamment dans le rapport 2024 de l’ONU sur le développement de l’administration numérique (EGDI), qui souligne la progression remarquable du Qatar dans le classement mondial du développement de l’administration électronique, passant de la 78ᵉ à la 53ᵉ position parmi 193 pays.
Le pays s’est également hissé à la cinquième place mondiale en 2024 pour l’indice de l’infrastructure des télécommunications (TII), l’un des principaux sous-indicateurs de l’EGDI, ce qui reflète l’ampleur des efforts institutionnels déployés pour accélérer la transformation numérique. Ces efforts s’accompagnent d’alliances stratégiques avec des géants mondiaux de la technologie comme Microsoft, Google, IBM, et d’autres, dans le but de favoriser le transfert de connaissances, la localisation des technologies modernes et la mise en œuvre de projets liés au cloud, à la cybersécurité, à l’apprentissage automatique et à d’autres domaines clés.
Bien que la transition numérique ait été amorcée dès 2003 avec le lancement du portail gouvernemental électronique, puis consolidée en 2014 à travers la Stratégie numérique de l’administration qatarie 2020, c’est l’Agenda numérique national 2030 qui constitue aujourd’hui la feuille de route majeure de cette transformation ambitieuse. Ce plan définit avec clarté les priorités de l’État dans ce domaine et vise à accélérer la digitalisation, tout en stimulant le développement économique et social grâce à l’intégration des technologies de pointe.
Cet agenda s’appuie sur six piliers fondamentaux : les infrastructures numériques, l’administration électronique, la technologie, l’innovation, l’économie et la société numériques. Il comprend 23 initiatives stratégiques, déployées selon un calendrier rigoureux, visant à porter la contribution du secteur numérique au PIB national à 3,2 milliards de dollars par an d’ici 2030, soit environ 1,3 % du PIB, contre 1 % actuellement.
Ce processus s’inscrit en parfaite cohérence avec la troisième Stratégie nationale de développement (2024–2030), qui fixe des objectifs clairs en matière de transformation numérique, tels que l’automatisation de 90 % des services publics - soit environ 1 500 services - d’ici à 2030, ainsi que l’amélioration du classement du pays dans les indices de gouvernance et de services intelligents. À cela s’ajoutent la création du Comité national de l’intelligence artificielle, en vertu de la décision n° 10 du Conseil des ministres de 2021, et la mise en œuvre de la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, lancée en 2019.
L’un des atouts majeurs du Qatar dans cette transition réside dans la robustesse de son infrastructure numérique. Le pays occupe la première place mondiale en matière de vitesse de l’internet mobile et bénéficie d’une couverture quasi universelle en fibre optique et en réseau 5G, atteignant plus de 99 % de la population, selon le classement publié en avril 2025 par Speedtest (Ookla).
Ces investissements massifs dans les infrastructures ont permis de poser les fondements nécessaires à la digitalisation des services et à l’adoption de technologies avancées telles que l’IA, le cloud computing et le big data.
Dans ce cadre, M. Thani Al Malki, Directeur des Affaires Commerciales chez Ooredoo Qatar, a souligné lors d’un entretien avec l’Agence de presse qatarie (QNA) que le groupe renforçait ses investissements stratégiques dans l’optimisation des infrastructures réseaux, avec le lancement imminent d’une modernisation complète en préparation du déploiement de la 5G autonome (5G SA) – socle fondamental de l’économie numérique d’aujourd’hui.
« Cette avancée technologique majeure, a-t-il précisé, offrira non seulement une connectivité ultra-rapide et une latence réduite au minimum, mais surtout une flexibilité inédite, essentielle pour supporter des applications critiques comme les smart cities, la mobilité autonome, l’enseignement digitalisé ou encore la télémédecine. »
M. Al Malki a par ailleurs insisté sur les efforts continus d'Ooredoo pour développer les capacités des data centers nationaux, en partenariat avec les géants technologiques mondiaux, tout en accélérant les investissements dans des solutions locales de cybersécurité et d'infrastructure cloud.
« Nous œuvrons activement à bâtir un écosystème numérique sécurisé et compétitif », a-t-il déclaré. « Grâce à nos partenariats stratégiques et à notre plateforme IA dernière génération, alimentée par des unités GPU NVIDIA de pointe, nous consolidons la position du Qatar en tant que hub numérique leader dans la région. »
Au-delà des avancées technologiques, le Qatar accorde une importance primordiale au développement du capital humain et à la consolidation des compétences numériques de ses citoyens. L’agenda numérique national prévoit la création de près de 26 000 emplois d’ici à 2030 dans les secteurs des technologies de l’information et de la communication, avec l’objectif d’atteindre une proportion de 10 % de main-d’œuvre nationale dans ce domaine. Cette orientation stratégique illustre la conviction profonde selon laquelle l’humain constitue à la fois le moteur et la finalité de la transformation numérique.
À ce sujet, M. Al Malki a déclaré : « Ooredoo s’emploie activement à jouer un rôle de catalyseur national dans le processus de transformation numérique. Nous mettons en œuvre des programmes de formation de haut niveau, conjugués à un apprentissage pratique sur les technologies de pointe, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle et de l’analyse de données. Nous avons également instauré un conseil de gouvernance des données, dans le but d’ancrer durablement une culture d’innovation responsable au sein de l’entreprise. »
Il a ajouté : « En nouant des partenariats stratégiques avec des institutions académiques et technologiques de premier plan, nous préparons une nouvelle génération de leaders du numérique, capables d’accompagner l’élan technologique du pays, en parfaite adéquation avec la Vision nationale 2030 et les objectifs de l’agenda numérique porté par le ministère des Communications et des Technologies de l'information. »
Le Qatar est conscient que la réussite de sa transformation cognitive ne dépend pas uniquement des infrastructures ou de la technologie, mais nécessite également des législations souples et sécurisées capables de suivre la rapidité des changements et de garantir une utilisation responsable des technologies modernes. Dans ce cadre, l'État a adopté des politiques claires en matière de gouvernance des données, de protection de la vie privée et de lutte contre la cybercriminalité, afin d'assurer un environnement numérique sûr et fiable.
À ce sujet, M. Ali Saeed Bu Sharbak Al Mansori, Directeur général par intérim de la Chambre du Qatar, a souligné dans une déclaration similaire à l'Agence de presse du Qatar l'importance de considérer la transformation numérique comme l'un des principaux moteurs de la croissance et de la diversification économique. Il a mis en lumière les différentes initiatives menées par la Chambre du Qatar dans ce domaine, telles que :
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Le développement de la stratégie nationale pour l'intelligence artificielle
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La mise en place de programmes de formation dédiés aux entrepreneurs sur l'IA
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Le soutien à l'entrepreneuriat technologique
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L'amélioration des infrastructures numériques
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La création d'incubateurs et d'accélérateurs technologiques spécialisés en IA pour renforcer les opportunités des petites entreprises dans ce secteur.
M. Al Mansori a indiqué que le secteur privé, particulièrement les PME, avait besoin d'un soutien accru pour suivre l'évolution rapide des technologies et tirer pleinement profit de l'IA. Il a évoqué les défis liés aux coûts élevés des investissements dans les infrastructures nécessaires aux applications d'IA, y compris l'acquisition, la maintenance et la mise à jour constante des logiciels avancés, ainsi que le recrutement de compétences spécialisées dans ce domaine. Il a également noté que le manque de sensibilisation aux opportunités et bénéfices de l'IA pouvait conduire certaines entreprises à hésiter à adopter ces technologies ou à y investir des ressources.
Concernant l'adéquation des politiques réglementaires et législatives actuelles face au rythme de l'innovation en IA et la nécessité d'une mise à jour urgente de la législation, le Directeur général par intérim de la Chambre du Qatar a souligné que le monde connaissait une accélération sans précédent dans le développement des technologies d'IA et leur pénétration dans divers secteurs. Il a insisté sur le besoin crucial de moderniser les lois et réglementations pour suivre la rapidité de l'innovation et du développement en IA, et d'élaborer des législations contemporaines adaptées à la nature complexe de l'intelligence artificielle.
Il a également souligné l'importance de mettre à jour le cadre législatif et réglementaire pour qu'il prenne en compte les avantages uniques offerts par les technologies d'IA, tout en favorisant l'innovation et la compétitivité, en garantissant la transparence et la protection des droits individuels et des valeurs sociétales, avec une attention particulière aux dimensions éthiques et économiques de ces nouvelles technologies.
Le Qatar donne une dimension supplémentaire à sa transformation cognitive à travers un soutien institutionnel massif à l'innovation. Le pays œuvre à créer un environnement propice à la croissance des start-ups et à soutenir la recherche appliquée et le développement technologique via des institutions comme la Cité des sciences et technologies du Qatar, l'Université Hamad Bin Khalifa et les centres d'intelligence artificielle qui jouent désormais un rôle croissant dans l'analyse des données et l'élaboration de politiques fondées sur la connaissance.
Les effets de cette orientation commencent à apparaître clairement dans la structure de l'économie qatarie. Les estimations indiquent que la contribution du secteur des TIC au PIB non pétrolier devrait atteindre 3,5% d'ici 2030, reflétant ainsi la diversification économique et la réduction de la dépendance aux revenus hydrocarbures. Le ministère des Communications estime quant à lui que l'impact de la transformation numérique sur l'économie nationale atteindra environ 40 milliards de riyals, grâce à l'amélioration de la productivité et de l'efficacité des opérations gouvernementales et privées.
Commentant ces développements, M. Abdulrahman Ali Al Harib, expert en intelligence artificielle, a souligné dans une déclaration à QNA que l'IA impactait directement et efficacement la durabilité et la prospérité économique. Il a expliqué que cette technologie améliore l'efficacité et la productivité, réduit les coûts, améliore la qualité des produits et services, et contribue au développement de solutions innovantes dans des domaines comme les énergies renouvelables, les soins de santé, l'éducation et l'industrie. «Elle ouvre également de nouvelles perspectives économiques sur le marché local grâce aux expertises virtuelles de l'IA disponibles sous forme de big data, aidant gouvernements, entreprises et individus à prendre des décisions éclairées qui stimulent la croissance économique et créent des emplois pour une prospérité durable», a-t-il expliqué.
Titulaire d’un master en intelligence artificielle de l’Université du Texas et chercheur en durabilité environnementale, M. Al Harib a souligné que grâce à l’intelligence artificielle et à l’accès désormais possible à des connaissances autrefois réservées aux pays développés - qu’elles soient industrielles, commerciales, économiques ou agricoles - les nations en développement disposent aujourd’hui de tous les atouts pour rivaliser avec les pays avancés dans l’ensemble des domaines.
Pour évaluer concrètement l’impact de l’intelligence artificielle sur le produit intérieur brut, M. Al Harib a souligné l’importance de disposer de données massives et de comparer les indicateurs économiques avant et après l’intégration de l’IA. Il a insisté sur le fait que les responsables et décideurs doivent considérer les sources locales de big data comme de véritables richesses nationales, à préserver et à ne plus laisser partir gratuitement à l’étranger. Il a également appelé à intensifier les efforts en matière d’importation de données, sous toutes leurs formes, et à favoriser leur stockage au sein de réservoirs locaux dédiés aux données massives.
Il a indiqué que plusieurs secteurs, tels que l’industrie manufacturière, les services et l’agriculture, avaient enregistré des avancées significatives grâce à l’apport de l’intelligence artificielle, se traduisant par une hausse tangible de leur contribution au PIB. Dans cette optique, il a recommandé la mise en place de plateformes internationales de services en ligne, afin d’optimiser la collecte et l’exploitation des données à l’échelle mondiale.
S’agissant des instruments nationaux d’évaluation de la performance de l’IA, M. Al Harib a insisté sur la nécessité de créer une agence nationale dédiée à cette technologie, chargée de coordonner les politiques publiques en la matière et d’analyser les indicateurs de performance clés (KPI) dans l’ensemble des secteurs. « Cette agence, a-t-il précisé, devrait superviser la création de centres de recherche spécialisés dans les domaines économique, industriel, agricole et autres secteurs stratégiques du pays. »
Alors que le pays progresse dans le développement des capacités numériques, il s'efforce également de généraliser la culture de la transformation cognitive au niveau sociétal à travers des programmes visant à renforcer la sensibilisation numérique et à permettre aux citoyens d'interagir positivement avec les évolutions technologiques. Cela se manifeste clairement dans le lancement d'initiatives nationales comme le "Défi numérique du Qatar" et le "Programme de compétences numériques pour tous".
Tout en accélérant sa transformation numérique dans les secteurs stratégiques, le Qatar place l’éducation au centre de sa transition vers une économie fondée sur le savoir. Des modèles pédagogiques novateurs, alliant enseignement présentiel et numérique, ont été adoptés, tandis que les technologies d’intelligence artificielle sont progressivement intégrées aux dispositifs d’évaluation et d’apprentissage personnalisé. À travers ces orientations, le pays entend former une génération pleinement préparée à maîtriser les outils de demain et à répondre aux exigences de l’économie numérique.
Le secteur de la santé constitue également un exemple emblématique de cette mutation, grâce à l’introduction des dossiers médicaux électroniques, des systèmes de gestion de l’information médicale et des applications de télésurveillance. Ces avancées ont permis d’accroître l’efficacité des services de santé, de réduire les disparités d’accès selon les zones géographiques et de faciliter la prise en charge des patients.
La transformation cognitive engagée par le Qatar s’inscrit dans une dynamique nationale d’envergure, visant à bâtir une économie compétitive et une société durable, fondées sur l’innovation, le savoir et le leadership. Face aux défis imposés par l’évolution rapide des technologies et les risques qu’elle engendre, la détermination du pays se manifeste à travers des indicateurs positifs, des politiques volontaristes et des investissements soutenus dans le capital humain et les infrastructures technologiques.
Ce que vit le Qatar aujourd’hui dépasse le simple cadre d’une transition vers l’économie numérique : il s’agit d’une refonte en profondeur des modèles de production et de consommation, marquée par un déplacement du centre de gravité – de l’abondance des ressources naturelles vers celle des connaissances. Cette orientation stratégique confère au pays une position privilégiée parmi les pionniers de l’économie fondée sur le savoir. À l’horizon 2030, le Qatar consolide ainsi ses ambitions de devenir une référence mondiale en matière de transformation cognitive intégrée.
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