La hausse des prix du pétrole expose l’économie mondiale au risque de stagflation
Doha, le 2 avril /QNA/ La hausse des prix du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux, liée à l’escalade militaire au Moyen-Orient, impose une nouvelle réalité pleine de défis aux économies de nombreux pays, notamment la perspective d’une stagflation et le dilemme auquel sont confrontées les banques centrales entre le relèvement des taux d’intérêt pour contenir l’inflation ou leur abaissement pour soutenir la croissance.
L’augmentation des prix de l’énergie entraîne une hausse des coûts de production des autres biens, alimentant ainsi l’inflation, ce qui pèse négativement sur les taux de croissance à l’échelle mondiale. Des rapports économiques internationaux mettent en garde, dans ce contexte, contre un risque imminent de stagflation de l’économie mondiale.
Ces rapports soulignent également que la hausse des prix du pétrole et du gaz accroît les coûts de production industrielle et agricole, renchérit les transports et les carburants, ramenant ainsi la problématique inflationniste au premier plan.
Dans le contexte actuel dans la région du Golfe, les pays d’Asie de l’Est apparaissent comme les plus exposés, en particulier la Chine, l’Inde et le Japon, qui absorbent près de 80 % des flux pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz, lequel représente environ la moitié des importations pétrolières de cette région, selon des rapports économiques.
Une étude récente d’Oxford Economics indique que si le prix moyen du pétrole mondial atteint environ 140 dollars le baril pendant deux mois, conjugué à un resserrement marqué des conditions financières, à l’aggravation des perturbations des chaînes d’approvisionnement et à la dégradation du climat de confiance, cela suffirait à plonger certaines parties de l’économie mondiale dans une légère récession, avec un pic d’inflation mondiale attendu à 5,8 %.
En revanche, si le prix moyen du pétrole se stabilise autour de 100 dollars le baril sur la même période, cela entraînerait un ralentissement modéré de la croissance du PIB mondial en raison de l’inflation, tout en évitant une récession, selon la même étude.
Le Brent a progressé d’environ 59 % depuis début mars, dépassant les gains enregistrés en 1990, dans un contexte de fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz.
Dans ce contexte, M. Mohammed bin Tawar Al Kuwari, premier vice-président de la Chambre de commerce du Qatar, a déclaré à QNA que la hausse des prix du pétrole et du gaz entraîne trois principales répercussions sur l’économie mondiale, dont la première est le retour de l’inflation au premier plan.
Il a indiqué que l’économie mondiale a entamé l’année sur une base de croissance stable, mais non robuste, avec une inflation attendue à 3,8 % selon le Fonds monétaire international, ajoutant que lorsque les prix de l’énergie augmentent à ce rythme, ils se répercutent directement sur les autres secteurs tels que les transports, l’électricité, l’industrie et l’agriculture, puis sur les prix à la consommation, plaçant les banques centrales face à un dilemme entre durcir la politique monétaire ou tolérer une inflation plus élevée plus longtemps.
Il a souligné que les marchés mondiaux reflètent déjà ce défi, avec une hausse des rendements et un recul des actions, notamment en Asie.
Le deuxième impact réside dans le ralentissement de la croissance mondiale, chaque hausse d’un dollar du prix du pétrole agissant comme une taxe sur les pays importateurs d’énergie, en réduisant la liquidité des ménages, en augmentant les coûts des entreprises et en comprimant les marges bénéficiaires, ce qui freine l’investissement.
Il a ajouté que le défi ne concerne pas uniquement le pétrole brut, mais également le gaz naturel liquéfié, toute perturbation dans le détroit d’Ormuz constituant un choc majeur pour le marché mondial du gaz, difficile à compenser rapidement.
Le troisième impact concerne la perturbation des chaînes d’approvisionnement et l’augmentation des coûts du commerce, de l’assurance et du transport. Il a indiqué que certains pays ont déjà adopté des mesures d’urgence, telles que la réduction temporaire des taxes sur les carburants en Australie ou l’élargissement des exemptions fiscales en Corée du Sud.
Il a précisé que les pays asiatiques importateurs d’énergie sont les plus exposés, représentant environ 84 % des flux de pétrole brut et 83 % des flux de gaz naturel liquéfié transitant par le détroit d’Ormuz.
Il a ajouté que les pays exportateurs du Golfe sont également affectés, mais différemment, en raison des perturbations des exportations et des risques pesant sur les infrastructures énergétiques.
De son côté, M. Abdullah Al Raisi, ancien banquier, a affirmé que la hausse rapide des prix des matières premières entraîne généralement des répercussions économiques négatives à l’échelle mondiale, soulignant que la flambée actuelle des prix du pétrole et du gaz a ravivé le défi inflationniste.
Il a indiqué que, si la situation perdure, les conséquences économiques seront significatives et toucheront l’ensemble des secteurs de l’économie mondiale, ajoutant que les effets de la crise persisteront même après la réouverture du détroit d’Ormuz.
Il a souligné que les banques centrales doivent faire preuve de prudence dans leurs décisions, mettant en garde contre un relèvement précipité des taux d’intérêt, susceptible de nuire aux entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises.
Il a ajouté que les pays exportateurs d’énergie sont, en principe, les principaux bénéficiaires de la hausse des prix, mais que, dans le contexte actuel, ces bénéfices restent limités en raison des circonstances exceptionnelles.
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