Forum mondial de l’investissement : Appels à faire passer les chaînes de valeur de la résilience à la solidité
Doha, le 25 octobre /QNA/ Une session de dialogue tenue aujourd’hui dans le cadre des travaux de la neuvième édition du Forum mondial de l’investissement, accueillie par l’État du Qatar en partenariat avec la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a examiné les moyens de renfoncer la résilience des chaînes de valeur mondiales et d’élargir les opportunités de participation des pays et des entreprises à celles-ci.
Ont participé à la session Son Excellence le Dr Ahmad bin Mohammed Al Sayed, ministre d’État aux Affaires du commerce extérieur au ministère du Commerce et de l’Industrie, Son Excellence Mme Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce, M. John Denton, secrétaire général de la Chambre de commerce internationale, et le général David Petraeus, président de l’Institut mondial KKR et président de KKR Moyen-Orient.
Dans son intervention lors de la session, Son Excellence le Dr Ahmad bin Mohammed Al Sayed a déclaré que l’État du Qatar a fait preuve d’une « grande résilience » face aux crises au cours des derniers mois, affirmant son orientation vers davantage d’ouverture et son interconnexion avec le monde.
Il a expliqué que le plan de l’État dans ce cadre se concentre sur la sécurisation des chaînes d’importation et l’élargissement de l’accès aux marchés extérieurs à travers des accords de commerce et d’investissement avec les pays du Conseil de coopération des États arabes du Golfe ainsi qu’en direct, en plus de l’augmentation des exportations de biens et de services.
Son Excellence le ministre d’État aux Affaires du commerce extérieur au ministère du Commerce et de l’Industrie a indiqué que la troisième Stratégie de développement national accorde la priorité à des secteurs tels que les services logistiques, l’industrie avancée, la technologie et l’intelligence artificielle, invitant les investisseurs à se concentrer sur la facilitation du commerce et le commerce numérique.
Pour sa part, Son Excellence Mme Iweala a déclaré que le commerce mondial de biens et de services a atteint un niveau record de 35 000 milliards de dollars l’année dernière, malgré les droits de douane, les mesures unilatérales et les perturbations dans le détroit d’Ormuz, la mer Rouge et la mer Noire, indiquant que l’Organisation prévoyait une croissance du commerce de marchandises de 1,9 % cette année, mais que la croissance au premier semestre a atteint 3,5 %, soit près du double des prévisions.
Elle a estimé que ces indicateurs reflètent une « résilience » et non une « solidité », fruit des efforts des décideurs politiques et des entreprises qui ont eu recours à des itinéraires, des tuyaux et des ponts terrestres alternatifs, mais à des coûts plus élevés incluant le transport, l’assurance et le fret, avec une capacité d’accostage limitée dans plusieurs ports, soulignant que 72 % du commerce mondial continue de s’effectuer selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce.
Elle a noté que le commerce des biens liés à l’intelligence artificielle (les biens matériels sur lesquels repose l’écosystème de l’intelligence artificielle, et non les logiciels ou les services) a contribué à environ 42 % de la croissance du commerce de marchandises l’année dernière, et à près de 50 % au premier semestre de cette année.
Elle a précisé que 70 % des investissements dans ce domaine sont concentrés en Amérique du Nord et que la majeure partie des approvisionnements provient d’Asie de l’Est, indiquant que les dix premiers exportateurs de biens liés à l’intelligence artificielle contrôlent 85 % des exportations et 80 % des importations.
Elle a appelé à investir dans les ports autour du cap de Bonne-Espérance, les ponts terrestres, les pipelines alternatifs et la capacité d’accostage, soulignant qu’elle a discuté avec le président de la Banque mondiale de l’affectation de 12 milliards de dollars récemment mobilisés auprès du capital privé vers ces projets.
De son côté, M. John Denton, secrétaire général de la Chambre de commerce internationale, a estimé que les tensions géopolitiques, les droits de douane et les postures protectionnistes ne signifient pas nécessairement un découplage commercial effectif, le secteur privé maintenant le contact entre les économies et réorganisant les chaînes d’approvisionnement, bien que de manière complexe.
Il a expliqué que la Chambre de commerce internationale, qui opère dans 170 pays, dont 70 % dans les pays du Sud, facilite environ 17 500 milliards de dollars d’activité économique mondiale par an.
Il a indiqué qu’un sondage mené auprès d’environ 135 chambres de commerce a montré que l’incertitude constitue le premier obstacle pour les entreprises, un obstacle coûteux, les pertes d'activité économique manquée s'étant élevées à 280 milliards de dollars l’année dernière pour atteindre environ 600 milliards de dollars cette année.
M. Denton a appelé à faire face à ces défis par la transformation numérique, y compris la reconnaissance juridique du connaissement électronique, soulignant que l’accord numérique régional de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (DEPA) pourrait créer 500 000 emplois en Indonésie via les petites et moyennes entreprises.
Le secrétaire général de la Chambre de commerce internationale a mis en garde contre une interprétation étroite de la souveraineté numérique comme une fermeture des flux de données, qui n’est pas une option optimale pour l’Afrique et l’Amérique latine.
Pour sa part, le général Petraeus a déclaré que le monde a connu, au cours des quinze dernières années, une transition d’une phase de « mondialisation heureuse », caractérisée par le recul des obstacles au commerce, à l’investissement et aux flux de capitaux et de technologie, vers une phase où la compétition entre grandes puissances se renouvèle et où les barrières commerciales s'élèvent, avec une orientation de la mondialisation vers des blocs régionaux.
Il a expliqué que les chaînes d’approvisionnement ne bénéficient plus des niveaux de fiabilité antérieurs, ce qui pousse les entreprises à adopter des stratégies logistiques préventives, fondées sur le maintien de stocks de réserve au lieu de s’appuyer sur le réapprovisionnement immédiat selon le principe du « juste à temps ».
Il a prévu que les pays du Conseil de coopération du Golfe investiront massivement dans le renforcement de leur capacité de résilience, de fortification et dans la construction d'alternatives aux corridors contestés, notamment le détroit de Bab-el-Mandeb.
Il a ajouté que la société KKR, au sein de laquelle il occupe le poste de président de l’Institut mondial et de président pour le Moyen-Orient, constituera une grande partie de ces investissements, investissant dans la région depuis de nombreuses années et la considérant aujourd’hui comme une destination d’investissement attractive et non comme une simple source de financement.
Son Excellence M. Li Chenggang, représentant de la Chine pour le commerce international, avait ouvert les travaux de la session par une allocution dans laquelle il a expliqué que l’évolution des chaînes de valeur mondiales fait face à trois difficultés : la montée du protectionnisme et de l’unilatéralisme, le risque croissant de marginalisation des pays en développement, en particulier les moins avancés, et la fragmentation des règles d’investissement internationales.
S'appuyant sur le second point avec le Rapport sur l’investissement mondial 2026, qui indique selon ses propos un recul supplémentaire de la part des pays à faible revenu dans l’investissement industriel mondial, il a ajouté que l’accord sur la facilitation de l'investissement pour le développement au sein de l’Organisation mondiale du commerce n’est pas encore entré en vigueur.
Il a rappelé que l’investissement chinois à l’étranger figure parmi les trois premiers au monde depuis neuf années consécutives. À la fin de 2025, son pays avait établi plus de 50 000 entreprises dans plus de 190 pays et régions, versant plus de 300 milliards de dollars d’impôts aux pays hôtes et employant 2,965 millions de travailleurs étrangers.
Il a conclu son allocution en appelant à s'attacher au multilatéralisme, à accélérer l’entrée en vigueur de l’accord sur la facilitation de l'investissement, à préserver l’ouverture et le code source ouvert dans les industries émergentes telles que l’intelligence artificielle, et à orienter les chaînes de valeur vers le développement au service des pays du Sud.
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