« Blocus total des moteurs » : La guerre silencieuse d'Israël contre les secteurs humanitaires et des transports à Gaza
Gaza, le 3 mai /QNA/ Plus de deux ans après le début de l’agression israélienne, la bande de Gaza traverse un nouveau chapitre particulièrement éprouvant de souffrance humanitaire. Un « blocus total des moteurs » s’impose désormais comme une arme silencieuse visant à paralyser ce qu’il reste de la vie quotidienne, en empêchant systématiquement l’entrée de pièces détachées automobiles, d’huiles de fonctionnement, de pneus et de carburant. Ce qui apparaissait initialement comme une crise logistique s’est transformé en une menace imminente, avec un risque d’arrêt des salles d’opération, de paralysie des services municipaux et un retour à des moyens de transport rudimentaires dans l’enclave assiégée.
La crise du « manque d’huiles, de pièces détachées et de carburant » est devenue l’un des instruments les plus complexes du blocus. Derrière les ruines des bâtiments et des villes, une infrastructure humanitaire entière est au bord de l’effondrement : des salles d’opération dépendant de générateurs vétustes jusqu’aux camions de distribution d’eau et de collecte des déchets désormais hors service.
Mazen Al Arayeshi, directeur général de l’ingénierie et de la maintenance au ministère de la Santé de Gaza, indique que la crise hospitalière dépasse désormais la seule pénurie de médicaments pour affecter le cœur même du système, à savoir les générateurs électriques. Il précise que 90 générateurs ont été totalement mis hors service, tandis que les 38 restants fonctionnent « au‑delà de leur capacité maximale » avec des quantités d’huile extrêmement limitées, alors que le secteur de la santé a besoin de 2 500 litres par mois pour assurer la continuité des soins. Tout arrêt de ces générateurs mettrait immédiatement en danger des centaines de patients, notamment les enfants en incubateurs et les malades dialysés, tout en compromettant la conservation des vaccins et des unités de sang en raison de l’absence de réfrigération.
De son côté, Hosni Mhanna, porte-parole de la municipalité de Gaza, met en garde contre une paralysie progressive des services essentiels des municipalités et des instances locales, en raison de la pénurie d’huiles et de pièces détachées. Il explique que l’absence de lubrifiants et de pièces de rechange empêche l’utilisation des engins lourds nécessaires pour ouvrir les routes, déblayer les décombres, collecter les déchets, acheminer l’eau et faire fonctionner les puits, alors que les besoins humanitaires des milliers de déplacés vivant sous tentes ne cessent de croître.
Mhanna a indiqué que la guerre a détruit près de 85 % des véhicules municipaux, tandis que les engins restants sont menacés d’un arrêt total à tout moment en raison de la pénurie de pièces détachées, de générateurs, de pneus et d’huiles. Les municipalités ont été contraintes de recourir à des engins privés vétustes, suscitant des craintes d’un effondrement complet du système de gestion des déchets et des services essentiels, et d’une catastrophe environnementale et sanitaire venant aggraver la crise humanitaire en cours.
La pénurie de pièces détachées, d’huiles et de carburant ne se limite pas aux projets vitaux et humanitaires : elle affecte aussi la vie quotidienne des habitants. Privés de moyens de transport modernes, beaucoup ont dû recourir à des solutions rudimentaires, tandis que de nombreux véhicules restent immobilisés en raison du manque de fournitures essentielles ou de leurs prix exorbitants.
Anis Arafat, porte-parole du ministère des Transports à Gaza, affirme que les rues ont « régressé de plusieurs décennies ». Il rappelle que l’occupation a détruit environ 80 % des infrastructures routières et interdit depuis longtemps l’entrée de pneus et d’huiles pour véhicules. Avant la guerre, l’approvisionnement régulier en carburant et en pièces détachées garantissait des prix stables, autour de 5 à 7 shekels (environ 2 dollars) le litre de carburant.
Aujourd’hui, la crise a dépassé toutes les attentes : 70 % des véhicules sont endommagés, les routes sont impraticables et les habitants sont contraints de parcourir de longues distances à pied, aggravant leur quotidien.
Ismaïl Al Thawabta, directeur du Bureau d’information gouvernemental, affirme que l’interdiction d’entrée des huiles de moteurs est une décision délibérée visant à aggraver la crise humanitaire. Il tient l’occupation pour responsable des décès attendus parmi les blessés et les malades, en raison de l’arrêt des générateurs hospitaliers, seuls fournisseurs d’électricité depuis le début de la guerre.
L’économiste Ahmed Abu Qamar souligne, quant à lui, que le secteur des transports est confronté à une flambée sans précédent des prix des pièces détachées, reflet d’un marché déformé par la rareté, l’absence de régulation et la destruction des infrastructures. Moins de 5 % des besoins du marché en pièces sont autorisés à entrer, avec des « frais de coordination » pouvant atteindre un million de dollars par camion, ce qui alourdit encore les coûts de transport interne et pèse sur une population déjà éprouvée par le chômage et la baisse des revenus.
Dans des témoignages recueillis par QNA, Yasser Ahmed, chauffeur de transport public, explique que le prix d’un litre d’huile moteur est passé de 2 dollars à environ 450 dollars. Remplacer l’huile de son générateur coûterait près de 1 800 dollars pour quatre litres. Il avertit que la circulation des véhicules pourrait s’interrompre totalement d’ici un mois si les fournitures essentielles ne sont pas autorisées à entrer.
Un autre habitant, Ihab Al Hattab, décrit la souffrance quotidienne liée aux déplacements : les citoyens recourent désormais à des charrettes tirées par des animaux ou à des véhicules improvisés, payant parfois jusqu’à trois fois le tarif habituel pour des trajets éprouvants.
Bien que les opérations militaires directes aient cessé, la bande de Gaza demeure soumise à de sévères restrictions empêchant l’acheminement de biens essentiels. Les secteurs vitaux restent paralysés, faisant évoluer une crise technique en une urgence humanitaire qui met directement en péril la vie de milliers de Palestiniens.
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