QNB prévoit une croissance du commerce mondial supérieure à 4 %
Doha, le 28 février /QNA/ La Banque nationale du Qatar (QNB) anticipe une croissance du commerce mondial supérieure à sa moyenne de long terme de 4 %, soutenue par une nouvelle vague d’investissements dans l’intelligence artificielle (IA) à l’échelle mondiale.
Dans son rapport hebdomadaire, la Banque considère l’expérience de 2025 comme un enseignement crucial : le paradoxe d’une forte croissance du commerce mondial malgré la forte hausse des droits de douane américains s’explique par des mesures proactives, une baisse de la pression douanière effective, une augmentation des dépenses d’investissement liées à l’IA et un affaiblissement du dollar américain, plutôt que par un véritable regain d’efficacité des politiques protectionnistes.
Le rapport souligne que l’année 2025 a été marquée par une contradiction frappante dans la performance de l’économie mondiale. D’une part, le commerce mondial a progressé d’environ 16 %, dépassant largement sa moyenne de long terme de 4 % et surpassant même la croissance du PIB mondial de 3 %. En revanche, les États Unis, première économie mondiale, ont mis en œuvre en avril dernier les plus fortes hausses de droits de douane depuis des décennies, un événement connu sous le nom de « Jour de la Libération ».
La Banque a noté à cet égard que, si la théorie classique suppose que les hausses de droits de douane imposées par un grand importateur devraient exercer une pression sur le commerce, la réalité s’est avérée plus complexe, les échanges commerciaux ayant continué de s’accélérer tout au long de l’année 2025.
Dans ses précédents rapports sur le « Jour de la Libération », la Banque avait indiqué que l’intégration économique mondiale ne s’inverserait pas facilement, une prédiction confirmée par la suite par les données.
Elle a expliqué la résilience du commerce dans ce contexte par quatre facteurs principaux. Premièrement, la menace de droits de douane a déclenché une forte réaction préventive, notamment aux États Unis, où les importateurs ont accéléré leurs expéditions avant l’entrée en vigueur des nouveaux droits. En conséquence, les importations ont fortement augmenté fin 2024 et début 2025, en particulier pour les biens les plus vulnérables aux droits de douane, tels que les machines, l’électronique et les intrants de production.
Le rapport explique que cette croissance reflète davantage la constitution de stocks de précaution que la demande finale, un phénomène similaire ayant été observé lors de la guerre commerciale sino-américaine (2018 2019). Cependant, en 2025, son impact géographique était plus large, ce qui a temporairement gonflé les chiffres du commerce et masqué l’impact potentiel à long terme des droits de douane.
Concernant le second facteur, le poids réel des droits de douane a été inférieur aux taux annoncés. Après la levée des restrictions, les droits de douane officiels ont avoisiné les 14,8 %, tandis que les recettes perçues indiquaient un poids réel d’environ 11 %, grâce aux exemptions, reports et dérogations.
Le rapport souligne que les entreprises multinationales ont fait preuve d’une grande résilience en restructurant leurs chaînes d’approvisionnement, en modifiant leurs itinéraires de transport, en ajustant leurs classifications ou en absorbant une partie des coûts. Selon le rapport, ces mesures ont atténué les perturbations des flux commerciaux et ont mis en évidence l’efficacité limitée des droits de douane dans une économie mondiale interconnectée.
Concernant le troisième facteur, le rapport considère l’accélération du cycle d’investissement dans l’IA comme un puissant moteur du commerce, l’expansion des centres de données, des semi-conducteurs et de l’électronique de pointe ayant accru la demande de biens d’équipement et de composants à haute valeur ajoutée au-delà des frontières.
La Banque a noté que Taïwan s’est distingué comme l’un des principaux bénéficiaires, ses exportations ayant bondi de plus de 34 % depuis le début du cycle d’investissement en 2024, grâce à sa position de plaque tournante de la fabrication de puces de pointe. Cette dynamique d’investissement, fortement axée sur les importations, a soutenu le commerce malgré la montée du protectionnisme.
Le quatrième facteur souligne des conditions financières favorables, notamment la dépréciation du dollar américain de 10 % prévue d’ici 2025. Cette dépréciation a atténué l’impact des droits de douane, un dollar plus faible renforçant la compétitivité des exportateurs, en particulier dans les économies d’Asie de l’Est dont les monnaies sont indexées sur le dollar, ce qui a permis une plus grande flexibilité en matière de prix et a soutenu les flux commerciaux mondiaux.
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